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Un  Extrait des Memoires
[i] du Général Toussaint Louverture[ii]  écrits par lui-même en 1803.
courtoisie de Pasteur Nerelus

Written in prison to vindicate himself against the charges of treason made by Napoléon and Leclerc, this document is the closest thing to an autobiographical sketch available to students of Toussaint. It must, however, be read with extreme caution, since it is primarily designed to win sympathy and a pardon for its author…. His arrest and deportation are recounted in a tone of anger and dismay over the uncivilized behavior of supposedly civilized men.[iii]

 

    «Il est de mon devoir de rendre au gouvernment français un compte exact de ma conduite: Je raconterai les faits avec toute la naiveté et la franchise d’un ancien militaire, en y ajoutant les réflexions qui se présenteront naturellement. En fin je dirai la vérité, fût-elle contre moi-même.

     La colonie de Saint-Domingue, dont j’étais commandant, jouissait de la plus grande tranquillité, la culture et le commerce y fleurissait. L’île était parvenue à un degré de splendeur où on ne l’avait pas encore vue. Et tout cela, j’ose le dire, était mon ouvrage…

     Tous les désastres arrivés jusqu’à cette époque viennent du général Leclerc: pourquoi avant son débarquement ne m’a-il pas fait part de ses pouvoirs? Pourquoi a t-il débarqué sans mon ordre et au mépris de l’arrêté de la commission? N’est ce pas lui qui a commis les premières hostilités? N’a–t-il pas cherché à gagner les généraux et autres officiers sous mes ordres par tous moyens possibles? N’a-t-il pas cherché à soulever les cultivateurs, en leur persuadant que je les traitais comme des esclaves et qu'il venait pour rompre leurs fers?

      A peine était-il sorti, qu’un aide de camp du général Leclerc entra, accompagné d’un très grand nombre de grenadiers, qui m’environnèrent, s’emparèrent de moi, me garrottèrent comme un criminel et me conduisirent à bord de la frégate la Créole. Je réclamai la parole du géréral Brunet et les promesses qu’il m’avait faites, mais inutilement…tout avait été pillé et saccagé. Ces horreurs commises dans ma demeure, le commandant d’Ennery se porta à la tête de cent hommes sur l’habitation où étaient ma femme et mes nièces, les arrêta sans leurs effets, ni aucun des miens qui étaient en leur pouvoir. On les conduisit comme des coupables aux Gonaïves et de là à bord de la frégate la Guerrière. Lorsque je fus arrêté, je n’avais d’autres vêtements que ceux que je portais sur moi…dès que je fus à bord de la frégate la Créole, on mit à la voile et on me conduisit à quatre lieues du Cap, où se trouvait le vaisseau le Héros à bord duquel on me fit monter. Le lendemain, mon épouse, ainsi que mes enfants qui avaient été arrêtés avec elle, y arriva aussi. On mit de suite la voile pour la France…Le général Leclerc…a agi envers moi avec des moyens qu’on n’a jamais employés même à l’égard des plus grands criminels.

     Sans doute je dois ce traitement à ma couleur: mais ma couleur…ma couleur m’a t-elle empêché de servir ma patrie avec zèle et fidélité? La couleur de mon corps nuit-elle à mon honneur et à ma bravoure? …On m’a envoyé en France nu comme un ver. On a saisi mes propriétés et mes papiers, on a répandu les calomnies les plus atroces sur mon compte…N’est ce pas enterrer un homme tout vivant?

     Au sujet de la Constitution, pour laquelle on a voulu m’accuser, après avoir chassé de la colonie les ennemis de la République, calmé les factions et réuni tous les partis ; après la prise de possession de Santo-Domingo, voyant que le gouvernement n’envoyait ni lois ni arrêtés concernant la colonie, sentant l’urgence d’établir la police pour la  sûreté et la tranquillité de chaque individu, je fis une invitation à toutes les communes d’envoyer des députés pour former une assemblée centrale composée d’hommes sages et éclairés et leur confier le soin de ce travail. Cette assemblée formée, je fis connaître à ses membres qu’ils avaient une tâche pénible et honorable à remplir, qu’ils devaient faire des lois propres au pays, avantageuses au gouvernement, utiles aux intérêts de tous: des lois basées sur les localités, le caractère et les moeurs des habitants de la colonie. La Constitution devait être soumise à la sanction du gouvernement, qui seul avait le droit de l’adopter ou de la rejeter. Aussi, dès que les bases de cette Constitution furent établies et les lois organiques rendues, je m’empressai d’envoyer le tout au gouvernement par un membre de l’assemblée, pour obtenir sa sanction. On ne peut donc m’imputer à crime les erreurs ou les fautes que cette Constitution pouvait contenir. Jusqu’à l’arrivée du général Leclerc, Je n’avais reçu aucune nouvelle du gouvernement sur cet objet. Pourquoi aujourd’hui veut-on que la vérité soit le mensonge et le mensonge la vérité? Pourquoi veut-on que les ténèbres soient la lumière et la lumière les ténèbres? …Cependant le général Leclerc jouit de la liberté, et moi Je suis dans le fond d’un cachot! …

     Voici en deux mots ma conduite et les résultats de mon administration: à l’évacuation des Anglais, il n’y avait pas un sou au trésor public;  on était obligé de faire des emprunts pour payer les troupes et les salariés de la République. A l’arrivée du général Leclerc, il a trouvé trois millions cinq cent milles livres en caisse…ainsi on voit que je n’ai pas servi ma patrie pour l’intérêt: mais qu’au contraire, je l’ai servie avec honneur, fidélité et probité, dans l’espoir de recevoir un jour des témoignages flatteurs de la reconnaissance du gouvernement; toutes les personnes qui m’ont connu me rendront cette justice.

     J’ai été esclave, j’ose l’avouer;  mais je n’ai jamais essuyé même des reproches de la part de mes maîtres. Je n’ai jamais rien négligé à  St-Domingue pour le bonheur de l’île: j’ai pris sur mon repos pour y contribuer, je lui ai tout sacrifié, je me faisais un devoir et un plaisir de développer la prospérité de cette belle colonie. Zèle, activité, courage, j’ai tout employé…. Aussi je courus les plus grands dangers, je faillis plusieurs fois être fait prisonnier, je versai mon sang pour ma patrie, je reçus une balle dans la hanche droite, que j’ai encore dans le corps, je reçus une contusion violente à la tête, occasionnée par un boulet de canon, elle m’ébranla tellement la mâchoire que la plus grande partie de mes dents tomba et que celles qui restent sont encore très vacillantes. Enfin je reçus dans différentes occasions dix-sept blessures dont il ne reste encore les cicatrices honorables.

     Si je voulais compter tous les services que j’ai rendus dans tous les genres de gouvernement, il me faudrait plusieurs volumes encore n’en finirais-je? Et pour me récompenser de tous ces services, on m’a arrêté arbitrairement à Saint-Domingue, on m’a garrotté et conduit à bord comme un criminel, sans égard pour mon rang, sans aucun ménagement? Est ce là la récompense due à mes travaux? Ma conduite me faisait-elle attendre un pareil traitement?

     J’avais de la fortune depuis longtemps, la révolution m’a trouvé avec environ six cent quarante-huit mille francs. Je les ai épuisée en servant ma patrie. J’avais seulement acheté une petite propriété pour y établir mon épouse et sa famille. Aujourd’hui, malgré mon désintéressement, on cherche à me couvrir d’opprobre et d’infamie, on me rend le plus malheureux des hommes en me privant de la liberté, en me séparant de ce que j’ai de plus cher au monde, d’un père respectable âgé de cent cing ans, qui a besoin de mes secours, d’une femme adorée qui sans doute ne pourra pas supporter les maux dont elle sera accablée, loin de moi, et d’une famille chérie qui faisait le bonheur de ma vie.

     En arrivant en France, j’ai écrit au premier consul et au ministre de la marine, pour leur rendre compte de ma position et leur demander des secours pour ma famille et moi, …on m’a envoyé de vieux haillons de soldats, déjà  à moitié pourris, et des souliers de même. Avais-je besoin qu’on ajoutât cette humiliation à  mon malheur?

     En descendant du vaisseau, on m’a fait monter en voiture. J’espérais alors qu’on m’aurait traduit devant un tribunal pour rendre compte de ma conduite, et y être jugé. Mais loin de là, on m’a conduit, sans me donner un instant de repos, dans un fort sur les frontières de la République, où l’on m’a enfermé dans un affreux cachot.

     C’est du fond de cette triste prison, que J’ai recours à la justice et à la magnanimité du premier consul, il est trop généreux et trop bon général pour laisser un ancien militaire, couvert de blessures au service de sa patrie, sans lui donner même la satisfaction de se justifier, et de faire prononcer sur son sort.

     Je demande donc à être traduit devant un tribunal ou conseil de guerre, ou l’on fera paraître aussi le général Leclerc, et que l’on nous juge, après nous avoir entendus l’un et l’autre, l’équité, la raison, la loi, tout m’assure qu’on ne peut me refuser cette justice…Tout le monde m’a dit qu’ici le gouvernement était juste, ne dois-je pas participer à sa justice et à ses bienfaits?

     Je le répète encore: je demande que le général Leclerc et moi, nous comparaissions ensemble devant un tribunal, et que le gouvernement ordonne que l’on m’apporte toutes les pièces de ma correspondance, par ce moyen, l’on verra mon innocence, et tout ce que j’ai fait pour la république, quoique je sache que plusieurs pièces seront interceptées.

     Premier consul, père de tous les militaires, juge intègre, défenseur de l’innocence, prononcez-vous donc sur mon sort, mes plaies sont très profondes…Je compte entièrement sur votre justice et balance.»

     The French invaders in Haiti dealt deceptively with Toussaint in order to capture him and imprison him in a cold, damp, isolated, fortress. For a leader who cherished freedom and liberated others, this was a terrible punishment. Meade MacGuire, in his book, His Cross and Mine, talks about the torture of confinement: “Probably the most dreadful punishment men can inflict is solitary confinement in darkness. It often drives men insane.’[iv] Yet, Toussaint found enough mental energy to write his plea for justice from a dark, frozen, and abandoned cell in France. His plea was rejected, but his legacy lives one. He bore the price of our freedom under torturous and excruciating pains. Toussaint Louverture was born on May 20, 1743 and died on April 7, 1803.

     Wendell Phillips, one of the greatest U. S. lecturers commented in 1861 on the achievements of Toussaint Louverture. “He did plant a state so deep that all the world has not been able to root it up.”  He continued:

     “I would call him Napoleon, but Napoleon made his way to empire over broken oaths and through a sea of blood. This man [Toussaint Louverture] never broke his word. “No Retaliation” was his great motto and the rule of his life; and the last words uttered to his son in France were these: “My boy, you will one day go back to St. Domingo; forget that France murdered your father.” I would call him Cromwell, but Cromwell was only a soldier, and the state he founded went down with him into his grave. I would call him Washington, but the great Virginian held slaves. This man [Toussaint Louverture] risked his empire rather than permitting the slave trade in the humblest village of his dominions. You think [of] me [as] a fanatic tonight, for you read history, not with your eyes, but with your prejudices. But fifty years hence, when Truth gets a hearing, the Muse of History will put Phocion for the Greek, and Brutus for the Roman, Hampden for England, Fayette for France, choose Washington as the bright, consummate flower of our earlier civilization, and John Brown the ripe fruit of our noonday, then, dipping her pen in the sunlight, will write in the clear blue sky, above them all, the name of the soldier, the statesman, the martyr, Toussaint Louverture.”[v]



[i] Un exposé fait par Toussaint Louverture, de sa conduite et de celle du général

      Leclerc, et adressé à Bonaparte. Le manuscript se trouve aux archives nationales, 

      à Paris, carton A. F. IV 1213. Il est entièrement de la main de Toussaint

      Louverture avec son orthographe phonétique, et signé par lui. Les mémoires sont

      absolument authentiques.____H. PAULÉUS    SANNON HISTOIRE DE

      TOUSSAINT LOUVERTURE TOME III

      __Il y a aussi une copie au Bibliotèque National D’Haïti 

[ii] MEMOIRES DU GENERAL TOUSSAINT-L’OUVERTURE – ECRITS PAR  

     LUI-MEME, FIRST COMPILED BY SAINT-REMY (des Cayes, Haïti)

     H. PAULÉUS SANNON. HISTOIRE DE TOUSSAINT LOUVERTURE TOME III     

     (IMPERIMERIE AUG. A. HERAUX, PORT-AU-PRINCE, HAITI, 1933) 212-

     235

[iii] Tyson, 65

[iv] Meade MacGuire. His Cross and Mine, 50

[v] Wendell Phillip. Speech on Toussaint Louverture, December 1861




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